Innover en formation est-il vraiment possible ?

Johann Vidalenc — 06/01/2025 à 8h00


Sommaire

  1. Chroniques d’un Directeur Pédagogique – Épisode 3
  2. L’illusion de l’innovation pédagogique
  3. Rien de nouveau depuis des siècles
  4. Des évolutions avant tout technologiques
  5. L’innovation, un certain état d’esprit


Chroniques d’un Directeur Pédagogique – Épisode 3

Cet article s’inscrit dans le cadre des Chroniques d’un Directeur pédagogique. Il s’agit ici d’un point de vue personnel concernant l’innovation pédagogique de manière générale, et non d’une liste exhaustive de toutes les nouveautés dans le champ pédagogico-technologique.

Subjectivité assumée.


Introduction

Innover : voilà l’injonction du moment pour les entreprises.

Il ne suffit plus simplement :

  • d’être performant ;
  • de délivrer un service efficace ;
  • ou de répondre correctement aux besoins.

Il faut désormais :

  • se différencier ;
  • se distinguer ;
  • être « disruptif ».

Et bien entendu, le secteur de la formation n’échappe pas à cette logique.

L’idée même d’innovation pédagogique suscite à la fois :

  • enthousiasme ;
  • fascination ;
  • promesses de rupture.

Les avancées technologiques récentes ont alimenté de nombreux discours annonçant une transformation profonde des façons d’apprendre. Pourtant, lorsqu’on prend du recul, on constate que la plupart des pratiques qualifiées aujourd’hui « d’innovantes » reposent en réalité sur des principes pédagogiques très anciens.


L’illusion de l’innovation pédagogique

De nombreuses approches présentées comme révolutionnaires se sont largement démocratisées ces dernières années :

  • classes inversées ;
  • apprentissage adaptatif ;
  • intelligence artificielle appliquée à la formation ;
  • réalité virtuelle ;
  • pédagogies immersives.

Sur le papier, ces méthodes apparaissent modernes. Pourtant, leurs fondements pédagogiques existent depuis longtemps.

L’exemple de la classe inversée

La classe inversée consiste à :

  • déplacer l’acquisition des connaissances hors du temps de classe ;
  • consacrer le temps présentiel aux activités interactives.

Mais cette logique n’est pas nouvelle.

Dès le XVIIIe siècle, Johann Heinrich Pestalozzi insistait déjà sur :

  • l’importance de l’activité pratique ;
  • la responsabilisation des apprenants ;
  • l’apprentissage actif.


Les pédagogies individualisées

Les outils numériques promettent aujourd’hui :

  • une personnalisation des parcours ;
  • un apprentissage adaptatif ;
  • un suivi individualisé.

Pourtant, ces principes prolongent directement les travaux de :

  • Maria Montessori ;
  • Célestin Freinet.

Tous deux défendaient déjà :

  • une pédagogie active ;
  • des rythmes d’apprentissage individualisés ;
  • l’autonomie de l’apprenant.

La véritable nouveauté réside surtout dans la capacité des technologies actuelles à :

  • changer d’échelle ;
  • automatiser certaines adaptations ;
  • transformer notre rapport au temps et à l’accès au savoir.


Rien de nouveau depuis des siècles

Les grands principes pédagogiques traversent les époques :

  • interaction ;
  • apprentissage par l’erreur ;
  • répétition ;
  • expérimentation ;
  • mise en pratique.

Socrate et la maïeutique

Déjà dans l’Antiquité, Socrate utilisait la maïeutique pour :

  • stimuler la réflexion critique ;
  • accompagner le raisonnement ;
  • faire émerger les connaissances par le dialogue.


Comenius et l’attractivité pédagogique

Au XVIIe siècle, Comenius soulignait déjà :

  • l’importance de rendre l’enseignement attractif ;
  • l’adaptation aux capacités et à l’âge des apprenants.


Des supports qui évoluent

Les supports ont changé :

  • du livre imprimé ;
  • à la tablette tactile ;
  • jusqu’aux environnements numériques immersifs.

Mais les fondamentaux pédagogiques demeurent globalement les mêmes.

Ce qui évolue principalement, ce sont :

  • les moyens techniques ;
  • les contextes sociaux ;
  • les modalités d’accès au savoir.

Par exemple, l’enseignement est passé :

  • d’un modèle élitiste et individualisé ;
  • à une massification scolaire au XIXe siècle.

Cette transformation a profondément modifié les pratiques pédagogiques.


Des évolutions avant tout technologiques

Ces dernières années, l’innovation en formation s’est largement construite autour de nouvelles technologies arrivant progressivement à maturité :

  • outils de visioconférence augmentés ;
  • blockchain ;
  • réalité virtuelle ;
  • réalité augmentée ;
  • intelligence artificielle.

Certaines applications produisent des effets particulièrement impressionnants.

Quelques exemples concrets

Réalité virtuelle

Un futur chirurgien peut désormais :

  • s’entraîner à opérer ;
  • manipuler un environnement simulé ;
  • répéter des gestes techniques sans risque.


Classes virtuelles collaboratives

Un formateur peut :

  • animer une classe à distance ;
  • créer des sous-groupes ;
  • utiliser des outils collaboratifs ;
  • capitaliser les productions des apprenants.


Adaptive learning et IA

L’intelligence artificielle permet progressivement :

  • d’adapter les parcours en temps réel ;
  • de personnaliser les contenus ;
  • de détecter certaines difficultés.

Même si ces usages restent encore émergents.


Une innovation technologique au service de la pédagogie

L’auteur défend ici une idée centrale :

Il n’existe pas réellement de révolution pédagogique, mais surtout une innovation technologique au service de principes pédagogiques anciens.

Autrement dit :

  • les fondements pédagogiques restent relativement stables ;
  • les technologies permettent surtout de mieux les appliquer.


L’innovation : un état d’esprit

À l’échelle d’une organisation, l’innovation reste une notion relative.

Ce qui constitue une innovation pour un organisme de formation peut déjà sembler dépassé à l’échelle du marché.

Une innovation dépendante du contexte

L’innovation peut varier selon :

  • le secteur ;
  • le public ;
  • les contraintes ;
  • la maturité numérique de l’organisation.

Par exemple :

  • digitaliser une offre de formation ;
  • créer un parcours hybride ;
  • adapter les modalités à des publics en situation de handicap ;

peut déjà représenter une transformation majeure.


L’innovation frugale

L’auteur évoque également la notion d’innovation frugale :

Répondre à un besoin de la manière la plus efficace possible avec un minimum de moyens.

Exemple :

Au lieu de proposer un parcours monolithique de chef de projet, un organisme peut :

  • concevoir des modules indépendants ;
  • assembler des parcours sur mesure ;
  • adapter les contenus au niveau réel des collaborateurs.


Conclusion

L’innovation en formation apparaît finalement comme un concept :

  • relatif ;
  • contextuel ;
  • évolutif.

Plus qu’une rupture totale avec les pédagogies passées, elle correspond souvent à :

  • une amélioration des modalités ;
  • une adaptation aux nouveaux usages ;
  • une exploitation plus efficace des technologies.

L’essentiel reste selon l’auteur :

  • écouter son public ;
  • remettre en question ses pratiques ;
  • expérimenter ;
  • passer à l’action.

Car sans expérimentation, il n’y a pas d’innovation.


À propos de l’auteur

Johann Vidalenc

Johann Vidalenc accompagne depuis plusieurs années les acteurs de la formation professionnelle dans leurs démarches de :

  • veille réglementaire ;
  • qualité ;
  • certification professionnelle ;
  • financement de la formation.

Après des expériences dans les RH puis au sein de deux OPCO, il accompagne désormais les organismes de formation sur leurs enjeux stratégiques et réglementaires.

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